Lorsque l'homme veut instaurer le paradis sur terre, il ne réussit qu'à y installer l'enfer. Boris Chiriaev
le montre dans un livre lumineux, écrit avec talent.* Il écrit que " le système concentrationnaire découle directement de la doctrine même du socialisme..."** Les soviétiques excellaient
dans la détection d'hommes ignobles qu'ils utilisaient à leur fin. Ainsi en est-il de Deribas qui, nous dit l'auteur, "était pire qu'un sadique ordinaire, il était le concentré de toutes les
formes du mal..." et " car du fait de sa haine pour tout ce qui vivait, Deribas était véritablement incorruptible. La haine l'emportait chez lui sur tous les autres sentiments, sur
tous les autres désirs, sur toutes les autres passions..."***
On y trouve également des figures qui forcent l'admiration. "Piotr Alexéiévitch était un homme droit, un homme juste...lui qui ne savait pas lire et qui ne pouvait réciter que le Credo et le
Pater, ne se laissait acheter ni d'une seule pièce d'argent, ni de mille. Pourtant tout rigoureux qu'il fût, il ne faisait jamais de tort à personne, ni à sa famille, ni à ses voisins, ni aux
paysans en général..." ****
L'histoire se passe dans le camp des Solovki. C'est vers cette île " qu'affluaient les nouveaux forçats de toute la Russie, non plus la sainte Russie, mais la Russie soviétique, celle qui
avait piétiné et dispersé à tous les vents les trésors de sa sainteté, qui avait jeté bas la croix et hissé à sa place l'étoile rouge..."*****
Dans l'horreur brille malgré tout une petite veilleuse qui ne s'éteindra pas. La haine soviétique n'a pas réussi à tuer l'amour. De petites étincelles d'amour ont jailli au milieu de la
haine.
Ce livre est écrit comme un roman avec immensément de talent. Pour que nous n'oublions jamais que le paradis soviétique, ainsi que tous ses régimes frères n'ont rien à envier au paradis nazi.
L'enfer c'est l'homme qui décide de se mettre à la place de Dieu pour faire le "bonheur" de l'humanité. Sans Dieu, sans la foi, l'homme est pire qu'un animal. Sa haine et sa cruauté n'ont plus de
limites. Puissions nous ne jamais l'oublier.
* " La veilleuse des Solovki" éditions des Syrtes 2005 traduit du russe par Anne Kichilov.
** page 103
*** page 104 et 105
**** page 130
***** page 23
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