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31 août 2007 5 31 /08 /août /2007 10:05
Sur ce sujet un excellent article paru dans Valeurs Actuelles du 31 août 2007. Je vous le livre en entier *
"  Une hypocrisie sociale

Pédophilie : Après l’annonce des mesures contre les récidivistes.
Par Michela Marzano philosophe, chercheuse au CNRS
Il a suffi d’une seule semaine après l’entrée en application de la loi renforçant la lutte contre les récidivistes (concernant notamment les agressions sexuelles) pour qu’un fait divers tragique conduise Nicolas Sarkozy à invoquer la nécessité de nouvelles mesures en matière de délinquance sexuelle. C’est ainsi que le 20 août, faisant référence à Francis Évrard (qui a enlevé et violé à Roubaix un enfant de 5 ans), M. Sarkozy déclare vouloir créer des hôpitaux fermés pour pédophiles, généraliser la castration chimique et exclure, pour ce genre de délinquants, tout bénéfice de remise de peine. M. Sarkozy dit désormais vouloir distinguer « l’exécution de la peine et les questions de sûreté ». « Les mots ne me font pas peur », poursuit-il. Qui pourrait d’ailleurs mettre en cause sa peur des mots ? Depuis quelque temps, les Français se sont habitués à ses discours directs. Mais sont-ils de nature à comprendre et résoudre des problèmes aussi complexes que la pédophilie ou la récidive en matière de crimes sexuels ?
Déjà pendant la campagne présidentielle, le futur président de la République faisait preuve d’un relatif amateurisme en la matière. Il n’hésitait pas à affirmer, tout à la fois, qu’on naît pédophile ou homosexuel, et que l’éducation parentale peut changer le destin d’un individu… Peut-être faudrait-il choisir… Mais au-delà des contradictions, il faut s’interroger sur le caractère limité, voire inefficace, de la politique du “tout-répressif” menée depuis 2002 par Nicolas Sarkozy. Une conception qui s’appuie sur un esprit “pragmatique” qui semble avoir acquis la faveur des Français. Mais n’y a-t-il pas un fossé entre les discours et l’efficacité des mesures ?

Certains magistrats et avocats ont beau jeu de souligner que ce ne sont pas les lois qui manquent, mais les structures de soin à l’intérieur des prisons pour traiter de manière appropriée ce type de délinquance très spécifique. On ose à peine rappeler l’importance majeure de la prévention et de l’éducation, puisque ces politiques de bon sens sont devenues presque taboues aujourd’hui. En revanche, comment se fait-il que personne n’ait songé à faire un lien entre ces crimes intolérables et une société qui tolère, et parfois exalte, au nom de la libération des mœurs, la consommation sexuelle ?
Les pédophiles sont bien sûr des criminels. Mais n’en a-t-on pas fait aujourd’hui les boucs émissaires d’un monde qui ne réagit plus devant la consommation sexuelle et la manipulation perverse d’autrui ? Une société de justice est une société qui, avant même de se concentrer sur la répression des crimes, s’interroge sur leurs causes et sur les conditions qui favorisent certains passages à l’acte. C’est une société qui s’interroge sur les conséquences que peuvent avoir, auprès d’individus malades, la multiplication et la valorisation des images pornographiques. C’est une société qui se donne les instruments pour analyser le message véhiculé par ces images et qui, loin de les valoriser, révèle la vision de l’homme avilissante et méprisante que sous-tendent un certain nombre d’images contemporaines de la sexualité.

Par ailleurs, les discours médiatiques les plus répandus aujourd’hui encouragent les individus à suivre leurs envies, à rechercher leur plaisir immédiat et à réaliser tous leurs fantasmes. « Réalisez-vous ! ». Ainsi triomphe sans limite le droit à disposer “librement” non seulement de son corps mais aussi du corps de l’autre. Il suffit de taper sur un moteur de recherche le mot “pornographie” pour se trouver devant une énorme liste de sites X dont le contenu est sans équivoque. Même les mots employés sont explicites : “défoncer”, “chasser”, “prendre”, “démonter”, “tuer”, “exploser”… Dans tous ces cas, ce vocabulaire évoque, au-delà de la violence inhérente à tout acte sexuel, une forme de réification de l’homme, c’est-à-dire de réduction des personnes à de simples choses. Ce qui nous donne une idée claire de l’univers de la pornographie contemporaine : un paysage où la rencontre sexuelle devient un rapport de force et de domination, une relation entre maîtres et esclaves, sujets et objets, activité et passivité. Dans un contexte de ce genre, où l’accès à ces images de violence est non seulement très facile mais aussi encouragé, comment s’étonner ensuite que des individus, plus troublés sur le plan psychologique, violent et torturent d’autres individus, même des enfants ?
Tant que le problème de la violence sexuelle ne sera pas analysé à ses racines, la multiplication de lois contre les auteurs de cette violence ne servira qu’à donner bonne conscience à une société hypocrite, consumériste et qui fait beaucoup d’argent avec le sexe.

Derniers ouvrages parus : Dictionnaire du corps (dir.), Puf, 2007 ; la Philosophie du corps, Puf, “Que sais-je ?”, 2007.. "
*http://www.valeursactuelles.com/magazine/france/index.php?num=3692&position=0&nb=4

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