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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 21:41
Dans un article du Figaro* dans lequel André Glucksmann développe sa conception de la liberté d'expression, notamment au sujet de l'affaire Robert Redeker, il écrit : " L'Europe n'oublie pas qu'il y a dix siècles elle a redécouvert ses racines grecques et ses lumières dans un islam plus ouvert qu'elle."
Cette idée, qui veut que les auteurs de l'Antiquité aient sombré dans l'oubli à la chute de Rome et furent à nouveau connu en Occident grâce aux Arabes, est une légende. Jacques Heers mentionne cette erreur dans son dernier ouvrage "L'histoire assassinée" * *. Il affirme que "les leçons et les principaux ouvrages des savants, philosophes, poètes et dramaturges de l'Antiquité ne furent jamais, à aucun moment, ignorés des lettrés en Occident..". "..En tout état de cause , les clers d'Occident n'ont pas attendu les Musulmans. Aristote était connu et étudié à Ravenne, au temps du roi des Goths Théodoric et du philosophe Boèce, dans les années 510-520, soit plus d'un siècle avant l'hégire..." "Les traductions du grec en langue arabe et de l'arabe en latin, que l'on attribue généralement à Avicenne, à Averroès et à Avicébron sont apparues relativement tard, pas avant les années 1200, alors que tous les enseignements étaient déjà en place en Occident et que cela faisait plus d'un siècle que la logique, directement inspirée d'Aristote, était reconnue comme l'un des sept "arts libéraux" du cursus universitaire..." " De plus ce que les arabes donnaient à lire ne fut pas bien accepté. Les autorités ont interdit ces travaux d'auteurs musulmans qui revendiquaient pour eux seuls l'héritage antique mais ne présentaient que des versions "arrangées", inspirées davantage par une propagande religieuse que par le respect des textes originaux. Les "traducteurs " avaient supprimé tout ce qui pouvait paraître en contradiction avec l'enseignement de l'islam".
Jacques Heers précise que ces traducteurs n'étaient pour la plupart pas arabes, ni musulmans. En 800, par exemple, un des célèbres savants de Bagdad, Human ibn Isbak, était un chrétien.  L'auteur précise : "En réalité, ces travaux des chrétiens sous occupation musulmane n'étaient , en aucune façon, l'essentiel. Ils ne présentaient que peu d'intérêt. Les Chrétiens d'Occident allaient aux sources mêmes, là où ils étaient assurés de trouver des textes authentiques beaucoup plus variés, plus sincères et en plus grand nombre. Chacun savait que l'empire romain vivait toujours, intact, vigoureux sur le plan intellectuel, en Orient. Métropole religieuse, siège du patriarche, Constantinople est demeurée, jusqu'à sa chute et à sa mort sus les coups des ottomans de Mehmet II, en 1453, un centre de savoir inégalé partout ailleurs. On n'avait nul besoin d'aller chercher l'héritage grec et latin à Bagdad ou à Cordoue : il survivait, impérieux et impérissable, dans cette ville chrétienne, dans ses écoles, ses académies et ses communautés monastiques..."

* Affaire Redeker : l'insolence européenne face à la police des esprits (Figaro du 6/10/2006)
* * L'histoire assassinée ou les pièges de la mémoire aux Editions de Paris 2006


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