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26 mars 2006 7 26 /03 /mars /2006 22:58

Une analyse très intéressante qui donne la clé du théâtre : la  "distance".

L’auteur se met en colère contre les mises en scènes du théâtre ou de l'opéra à notre époque. Il constate que, lors de certaines représentations le public ovationne le chef d’orchestre et les chanteurs et siffle (voir hue) le metteur en scène. Son livre nous permet de comprendre ce qui se joue dans la mise en scène moderne.

Il montre essentiellement (c’est la clé de son ouvrage) que plus il existe de distance entre les spectateurs et le personnage joué, plus les spectateurs s’identifient au personnage. Cette distance s’incarne par exemple dans le mythe, le temps historique ou le personnage du roi. Philippe Beaussant précise que : « l’œuvre dramatique pénètre en nous à proportion que les personnages s’éloignent, dans l’immatériel, dans le temps. A défaut, dans l’espace » (p.65), que « le secret du théâtre, c’est la distance ». (p.66) et que« plus il (le personnage) est loin, plus il est moi. Plus il est mythe et plus je suis dedans ». (p.67)

La mutation (révolutionnaire) du théâtre,  consiste à empêcher les spectateurs de s’identifier au personnage. L’acteur devra se distancier de son personnage pour éviter que le spectateur ne s’identifie à lui. De la distanciation avec le spectateur, on va passer à la distanciation avec l’œuvre ». (p76) Berthold Brecht est au tournant de cette mutation.

Mais pour abattre ce « théâtre bourgeois » (Barthès) il faudra également s’attaquer à la musique. En effet, «  comment faire du théâtre « distancié » si la musique (par nature), interdit « la distanciation » et oblige le spectateur à confondre sa vie intérieure avec elle ? » (p95) Car « on ne peut chanter à l’extérieur de son personnage » (p97). La ruse consiste à distraire le spectateur pour qu’il n’écoute pas la musique. Le metteur en scène ne montrera pas ce que la musique exige que le spectateur puisse voir. On fera oublier à l’auditeur ce que dit la musique.

 

La distance doit également s’incarner dans les costumes et les décors. L’auteur conclut que « tout metteur en scène, tout costumier, machiniste, chorégraphe, scénographe qui empêche le public de construire en lui-même cette distance-là, celle du rêve est un malfaiteur. » (p156) Vous l’aurez compris il s’agit de se débarrasser du »théâtre bourgeois » et de l’insérer dans « une culture pour tous ». La conséquence terrible c’est que ce modernisme est en fait très élitiste. Seuls peuvent comprendre le sens de la pièce les spectateurs avertis, les « initiés »,  les « cultivés », les « habitués »…les « bourgeois ». Philippe Beaussant conseille alors au public de poursuivre sa révolte en « gueulant plus fort », car le public à toujours raison. Un livre qui se lit aisément. La démonstration est illustrée avec des mises en scène actuelles très parlantes et ...révoltantes. Bonne lectureà tous.

« La malscène »  Philippe Beaussant  Fayard 2005

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